LETTRE DE BALTHAZAR (16)
de Fernando de Noronha (île de l'état de Pernambouc, Brésil) à
Jacaré (fleuve Paraiba, état de Paraiba, Brésil)
du Lundi 28 Juin 2010 au Mardi 4 Juillet 2010
Baignade, déjeuner, sieste suivent notre mouillage. Nous laissons passer le soleil équatorial et attendons la fraîcheur du soir avant de gonfler le zodiac et partir à la découverte de l'île.
Nous sommes dans cette baie entouré d'îlots, à notre bâbord la grosse houle de l'alizé expédie en grondant des gerbes d'écumes au loin sur les brisants et l'isthme qui nous abrite de ces rouleaux. Devant l'étrave une jolie petite chapelle toute blanche apparaît sur une colline verte toute proche, à tribord les pentes boisées montent vers le village de Remedios, à peine visible, un vieux fort domine et défend l'accès de la baie et des très belles plages qui s'étalent plus à l'Ouest sous une superbe aiguille effilée, tentante pour un grimpeur.
Nous contournons en zodiac une grosse jetée derrière laquelle s'abrite quelques bateaux de pêche ainsi qu'une petite plage de sable blanc sur laquelle de jeunes brésiliens font une partie de foot dans un mélange de passion et de nonchalance.
Première caïpirinha au restaurant en plein air qui domine la plage. Dans l'air de l'alizé nous avons l'impression d'être à Kourou le soir, près des Roches.
Ce Mardi matin nous sommes réveillés par de la musique et des chants provenant de la petite chapelle où se déroule une cérémonie en plein air. Nous apprenons en débarquant que c'est la fête de St Pierre, patron des pêcheurs. Les bateaux de pêche mouillés ou échoués devant la petite plage ont mis leur grand pavois. Nous voyons la procession à la fois joyeuse et sérieuse derrière la statue de St Pierre portée par quatre hommes, conduite par un prêtre suivi d'une foule joyeuse et bon enfant.
Le prêtre, St Pierre et les pêcheurs s'embarquent sur la petite plage et font ensuite le tour de la baie en bénissant les bateaux qui s'y trouvent y compris Balthazar autour duquel vire la procession des barques.
Nous faisons connaissance de Marc, navigateur solitaire sur un 15m en alu à quille relevable qu'il a fait construire en même temps que Balthazar. Arrivé quelques heures avant nous de l'île de Brava, au SW de l'archipel du Cap Vert, il descend aussi à Ushuaia où le rejoindront des équipiers pour partir 3 mois en Antarctique.
Après avoir fait l'inévitable corvée de formalités d'entrée au Brésil du bateau et de l'équipage, nous prenons un petit bus qui nous emmène en chaotant sur une route étroite et sinueuse au village où vivent la majorité des 1300 habitants de l'île devenue dans sa majeure partie un parc naturel protégé. Autour d'une place en très forte pente pavée de pierres irrégulières comme on les faisait au 17ième ou 18ième siècle, les trois autorités de l'Etat: la maison rouge très « coloniale » du gouverneur de l'île, devant les canons de l'armée, à côté une église traditionnelle rococo et colorée dans un état impeccable. Dans la verdure et au bord des rues pavées en pente raide bordées de flamboyants et autres « amandiers » (comme on appelle en Guyane ces arbres qui n'ont bien entendu rien à voir avec nos amandiers) s'égayent des pousadas et des maisons modestes mais coquettes dont certaines sont anciennes.
Sur l'étroite terrasse d'une maison ancienne nous savourons caïpirinha et repas simple local. Nous montons par un chemin dans des sous bois les pentes escarpées qui nous mènent au fort de Remedios. Vue absolument superbe sur la baie et les plages alentour. Les Hollandais qui l'ont construit étaient de bons guerriers: les canons de l'époque (chargement par la gueule) du 17 ième gisent encore là, postés dans leurs merlons, balayant les plages où pouvaient être tentés des débarquements à l'époque où Hollandais, Portugais, Espagnols, Anglais, Français se disputaient la possession de ces îles. On aimerait faire parler ces vieux canons décorés des armes de quelque altesse. Avec Michel et André je ne résiste pas à l'envie d'aller marcher sur une plage déserte alors que l'autre partie de l'équipage rentre à pied au port par le vieux chemin ombragé et empierré.
Mercedi bricolage, baignade, déjeuner à bord, sieste et au coucher du soleil nous dérapons l'ancre à regret de ce très beau site cap sur le continent sud Américain.
Marc, qui prévoyait de se diriger sur Recife, décide de nous suivre à Jacaré.
Une navigation rapide marquée par quelques pluies torrentielles et une mer désagréable en fin de parcours nous amène quelques 235 milles plus loin devant l'estuaire du fleuve Paraiba vers 2h du matin Vendredi.
Marc se prépare à louvoyer au large en attendant le jour avant de s'engager dans un chenal compliqué de 2 milles de long suivi de la remontée du fleuve non éclairé sur 4 milles. Nous lui indiquons à la VHF que nous embouquons le chenal sans attendre le jour et qu'il peut nous suivre sans crainte. Il est vrai que c'est plus facile en équipage, JP à la table à cartes devant un large écran sur lequel se superposent les images radar et cartographique, moi-même à la barre au poste de veille reconnaissant les balises éclairées du chenal en zigzag aidé d'André et de Mimiche, Eckard étant posté à l'avant muni d'un puissant projecteur, pour repérer une balise éventuellement non éclairée ou une barque. Le solitaire a dans ce cas trop de choses à faire pour assurer seul pleinement sa sécurité d'autant plus que le phare d'atterrissage 3 éclats blancs 10s de Pedra Seca est aux abonnés absents.
Lors de la remontée du fleuve obscur une barque repérée au radar et éclairée par le projecteur nous montre un couple agité de pêcheurs poussant de grand cris et nous invitant apparemment à ne pas poursuivre notre route. Au projecteur nous repérons les flotteurs du filet qui barrent le fleuve et comprenons leur anxiété de perdre ou endommager leur outil de travail. Demi tour et les yeux braqués sur le sondeur, dérive relevée, je contourne l'obstacle en m'engageant entre la barque et la rive proche.
Ils nous saluent de façon sympathique avec de grands remerciements, soulagés.
Accostage en douceur au petit ponton d'accueil de la marina rustique de Jacaré.
Après un bon petit déjeuner nous allons rejoindre avec satisfaction nos couchettes au point du jour.
Après une galopée de 4200 milles depuis la Bretagne quittée le 24 Mai BALTHAZAR se reposera là 3 mois en attendant le Printemps puis l'été Austral. Demain et après demain nous lui apporterons nos soins pour le laisser en bonnes conditions:l'amarrer en sécurité à la place qui lui est attribuée, l'arrière tenue à une grosse chaîne mère par les deux grosses amarres d'amarrage longue durée, dégréer le génois et le solent, installer une bâche au dessus du lazybag de la grand voile éviteront de cuire aux UV la garde robe; le dessalinisateur sera rincé et recevra un traitement antibactérien de stockage longue durée, les réservoirs à eaux grises seront récurés et traités, le zodiac lavé, rincé, séché puis plié en soute, les coffres rangés, les manoeuvres dessalées et séchées au soleil, le pont et les inox lavés à l'eau douce, toute une suite de petits travaux, démontages, coutures seront exécutées, les machines de la marina laveront la literie du bateau, enfin un grand ménage sera fait. A établir la liste des appros (pièces et produits) à renouveler ou compléter.
Quand le bateau est devenu son fidèle compagnon d'aventures on ne l'abandonne pas comme une voiture: ce n'est pas une corvée de le soigner mais une attention, un désir de bien faire ce que l'on doit faire et surtout de ne rien oublier, un peu je suppose comme un cavalier soigne amoureusement sa monture après de longues ou difficiles étapes.
Expédié du village de Jacaré, fleuve Paraiba, près la ville de Joao Pessoa, Nord Est du Brésil le Mardi 4 Juillet 2010.
aux équipier(e)s, parents et ami(e)s qui ont la gentillesse de s’intéresser à nos aventures marines.
équipage de Balthazar: Jean-Pierre d’Allest, Eckard Weinrich, Michèle Durand, Jean-Pierre Merle, André Van Gaver, Michel Glavany.